Ce site a été remis en ligne à titre d'archive
Initialement publié en avril 2001, jeboycottedanone.com relayait l'appel au boycott des produits Danone lancé par l'intersyndicale pour s'opposer aux licenciements spéculatifs de la multinationale. Danone refusant de débattre sur le fond, attaqua le Réseau Voltaire, éditeur du site, pour infraction au droit des marques. A l'issue de deux ans de procédure, le 30 avril 2003, la Cour d'appel de Paris a finalement débouté le Groupe Danone, plaçant ainsi la liberté d'expression au dessus du droit des marques.
>> Affaire Danone contre Réseau Voltaire           >> Arrêt de la Cour d'appel de Paris, Danone contre Réseau Voltaire, 30 avril 2003

 


 
 
 
 
 
 
 
 
Une initiative soutenue par

et
Consommer après fermeture

Les "petits Lu" sont à l'origine d'un mouvement citoyen sans précédent. En appelant au boycott, ils défendent non-seulement leurs emplois, mais proposent un autre rapport au travail. Explications.

Lorsqu'il a annoncé la fermeture des usines Lu de Calais et Evry (usines rentables, rappelons le), le groupe Danone (dont les bénéfices ont augmenté de 10,2 % l'an passé) s'attendait sans doute à une réaction violente et légitime des salariés, jetés sans ménagement après plus de trente années de bons et loyaux services. Sans doute la direction avait-elle anticipé, et peut-être même budgeté, un pétage de plombs collectif, un déchaînement de violence contre l'appareil de production.

Pugnaces
Mais, ce que le groupe Danone n'avait pas dû prévoir, c'est que les ouvriers étaient autrement plus intelligents et pugnaces que des moutons impulsifs. Au lieu de mettre leur usine à sac ou bien d'aller déverser des tonnes de biscuits devant le ministère de l'Emploi, " les petits Lu ", comme ils se surnomment eux-mêmes, ont décidé de lancer une vaste campagne de boycott contre l'ensemble des produits fabriqués et commercialisés par Danone.

Plier le géant
" Quant on a vu que les gens du gouvernement ne bougeaient pas pour nous défendre, on s'est dit, explique une ouvrière de l'usine de Calais, qu'on pourrait agir en tant que consommateur. On a photocopié et diffusé la liste des produits fabriqués par notre groupe et on invite les gens à ne plus les acheter. Si on fait ça, c'est pour montrer à Danone qu'il n'est rien sans les consommateurs et les salariés français. " A Calais, où Technikart a catapulté une de ses unités mobile, la résistance s'est organisée afin de faire plier le géant du yagourt.

Jacky Henin
Beaucoup moins défaitiste que Lionel Jospin et Elisabeth Guigou, devenus de simples gérants du fait accompli (une ouvrière : " Vous appelez ça un gouvernement de gauche, vous ? "), la municipalité communiste de la Ville a relayé l'action des Lu, retirant des cantines scolaires et des maisons de retraite les produits Danone. Le maire, Jacky Henin, s'est même prononcé pour que le boycott local s'étende à l'ensemble du pays (comme l'ont suggéré Robert Hue et Noël Mammère). Ce n'est pas tout.

Ras-le-bol
A Calais, en signe de solidarité, de nombreux restaurateurs et cafetiers ont arrêté de servir de la Badoit et de l'Evian. " Les Anglais sont aussi sensibilisés à notre problème, explique une ouvrière. Ils nous demandent la liste des marques à boycotter. Il y a également des supermarchés d'autres régions de France qui nous ont fait savoir qu'ils retiraient les produits de leurs rayonnages. " Petit à petit et avec beaucoup de spontanéité, le mouvement s'étend, signe d'un ras-le-bol de plus en plus fort à l'égard de l'anti-humanisme comptable du système.

Un acte citoyen
Aujourd'hui, alors que l'économie a dévoré le politique, que les grands groupes capitalistiques considèrent les êtres humains comme de simples variables désincarnées, les gens commencent à agir par eux-même, en contrôlant ce qu'ils mettent dans leurs caddies. Désormais, le fait de ne pas acheter un paquet de Pepito ou bien de se priver d'un Gervais au fruits est devenu un acte citoyen. En revanche, si vous continuez à manger des triscottes au petit déjeuner ou bien à boire de la Volvic pour imiter votre idole Zizou, eh bien vous soutenez un groupe qui saccage des vies sans le moindre état d'âme.

La dignité
Pour que l'action des Lu fonctionne, il faut que tout le monde s'y mette, que les managers de chez Danone voient les courbes de vente se briser, que vos enfants arrêtent de manger des Capitain choc et des Princes, que vous remplaciez à l'apéro les Belin et les Chisters par des chacahuètes fabriqués dans la dignité. Il faut que le patron de Danone, qui a toujours entretenu une image sociale vis à vis de l'extérieur, voit l'aura de son groupe se ternir et se rabougrir. Il faut que chacun y mette du sien. " On est étonnés par la sympathie que suscite notre mouvement, confie une ouvrière. "

Solution cruelle
" L'autre jour, trois personnes sont entrées dans l'usine et nous ont donné spontanément 100 francs chacune. On a voulu les leur rendre parce qu'on avait pas mis en place de cagnotte. Ils ont insisté et nous on dit qu'on en aurait besoin pour acheter du papier et continuer à diffuser la liste des produits à boycotter. C'est touchant, quand même…" Le boycott est une solution, mais - il ne faut pas se leurrer - c'est une solution cruelle, un peu comme l'amputation qui permet d'éviter la gangrène. " Pour nous, explique une ouvrière, c'est douloureux d'appeler au boycott.

Boycott temporaire
" On aime nos produits. On a envie de continuer à les fabriquer, on a envie que les gens continuent à les acheter. Et puis on se sent une responsabilité vis à vis des salariés des autres usines qui n'ont pas été fermées. Ils faut qu'ils puissent continuer à vivre. C'est pour ça que nous avons opté pour un boycott temporaire. " Ohé, Lionel Jospin, tu as entendu ! Tu as vu la dignité blessée de ces gens là ! Il est temps que tu te réveilles ! Que tu œuvres pour ceux qui ont voté pour toi et qui sont aujourd'hui obligés de faire ton boulot à ta place !

De la Danette
Trouves-tu normal que des gens spécialisés dans la biscuiterie industrielle se transforment en adbusters pour pallier tes faiblesses et ta lâcheté ? Soyons clair, Lionel : ton bilan et tes chiffres du chômage en baisse ne vaudront rien si tu ne t'élèves pas contre la sauvagerie des ces actes là, si tu laisses faire un groupe qui anéantit brutalement des vies humaines pour le seul appétit de ses actionnaires (sans même avoir la décence d'annoncer en face à ses salariés qu'il ne veut plus d'eux). Les gens ne sont pas des chiffres ! Le jour où vous aurez compris cela, on pourra recommencer à manger de la Danette. Pas avant.

Nicolas Santolaria

(1)Une manifestation nationale est prévue le 21 avril à Calais.

Lire aussi le " yaourt final " de Alexandre Lazerges

 

 

Qui sommes nous ?